Accueil GLOSSAIRE MARIECANDIDIEN Sai-Sch…/GLOSSAIRE MARIE-CANDIDIEN ( en cours d’élaboration)

Sai-Sch…/GLOSSAIRE MARIE-CANDIDIEN ( en cours d’élaboration)

2
0
177
20150422_160906_resized
  • Saint Blizzard : église catholique édifiée à Dàckelebourg dans la seconde moitié du XIXe siècle, afin d’encourager les besogneux, majoritairement papistes, à louer le Seigneur, qui leur accordait la grâce de fréquenter quinze heures par jour les manufactures, propriétés d’illustres philanthropes. Après la messe, les travailleurs, ayant éprouvé en leur âme simple le grand prodige de l’amour divin, étaient encouragés à poireauter au comptoir de la maisonnette située à proximité, sur la mignonne Place du Saint Chibre, pour y faire l’acquisition de petites bouteilles d’eau de Seltz, plutôt qu’un litron de piquette, dans l’un des innombrables bistrots du quartier, fortement pourvoyeurs d’accidents du travail dans les fabriques. Apprenez en effet, lecteurs avides de connaissances livresques, que les grands patrons lainiers d’autrefois avaient fait ériger, à des fins prophylactiques, de solides cabanes rappelant certaine maison en pain d’épices qu’affectionnent les enfants du conte, de sorte que les ouvriers, âmes innocentes s’il en fut, fascinés par le charmant aspect de ces chalets de tempérance, préférassent ingérer de l’eau gazeuse plutôt que du picrate qui leur montait à la tête en même temps que des idées saugrenues, comme celle de casser les vitres des filatures ou balancer le patron dans le bassin des otaries, tout là-haut dans le parc zoologique surplombant, si c’était possible, le quartier somptueux dominant la ville industrielle et ses miasmes, celle-ci comme ceux-là étant réservés au confort des seuls ouvriers.

Le dernier chalet de tempérance de Dàckelebourg. À l'arrière-plan, le campanile de Saint Blizzard.

Le dernier chalet de tempérance de Dàckelebourg. À l’arrière-plan, le campanile de Saint Blizzard.

 

 

 

  • Salle communale : la salle communale, également appelée salle des fêtes dans de nombreuses agglomérations, est un espace couvert comportant au moins une issue de secours, et surtout beaucoup de carrelage, au sol, au mur et même au plafond, parce que c’est plus facile à nettoyer quand on a beaucoup vomi et qu’on est nombreux à vomir. Comme l’indique son nom, c’est un lieu qui appartient à la commune et qui sert à faire la fête. Moyennant une somme modique et la promesse qu’on se tiendra correctement, on peut y faire résonner de la musique apocalyptique jusqu’à cinq heures du matin, et en faire profiter le voisinage, notamment les locataires des appartements communaux, deux étages plus hauts, dont le statut s’apparente somme toute à celui de serfs. En tant que tels, qu’ils se contentent de fermer leur boîte à camembert et d’acquitter le paiement mensuel fixé par leur bail, plutôt que de la ramener quand les vrais Klappersteinois célèbrent leurs quarante ans ou arrosent sous des flots de mousseux la naissance du dernier produit de la consanguinité locale. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, les locataires, de toute façon: quand ils ont l’outrecuidance de se montrer à leur fenêtre, aux environs de quatre heures du matin, avec leurs yeux injectés de sang et leur brushing en capilotade, ils ont ce qu’ils méritent : le chœur viril et solidaire des vrais jeunes de la commune, ceux dont le père, l’oncle et les grands-pères siègent au conseil municipal depuis le regretté temps où il y avait de l’ordre et moins de frimeurs de la ville qui voudraient faire la loi dans nos villages rotunwiss (voir rotunwiss), leur assène un définitif « sale pute, va te faire enculer ». Pendant ce temps, Monsieur le Maire, représentant honorable de la police de la République dépêché par la vox populi dans ce coin de terroir préservé de la brutalité des grandes villes, dort du sommeil du juste, sur ses deux oreilles qu’il a orientées très à droite, par une curieuse fantaisie congénitale, et c’est bien naturel quand on a d’aussi lourdes charges que les siennes. La salle communale est une institution dans les villages respectables, et elle permet à la commune d’empocher de coquettes sommes pour financer le club de pêche. En effet, la location de cet espace, ainsi que celui de la cour de l’école pour y déverser le trop-plein de vomi, en visant la marelle s’il vous plaît, rapporte à Klapperstein, tenez-vous bien et même asseyez-vous, cent euros les soixante-douze heures. Sachant qu’elle est louée en moyenne deux week-end par mois, voire un peu plus à la belle saison, deux cents euros, au minimum, viennent enrichir chaque mois la cité. Le calcul est vite fait : deux cents euros pour la salle, c’est tout de même plus lucratif que mille deux cents, montant des loyers cumulés des pouilleux de l’étage. On sait compter à Klapperstein, c’est d’ailleurs pour cela qu’on siège au conseil municipal. Devant une maîtrise aussi imparable des règles d’arithmétique élémentaire, Marie-Candide ne peut que s’incliner. Et mettre des sous de côté pour le prochain déménagement.

 

 

 

  • SCHIFFALHEIM : commune de l’Alsace du Sud, vraisemblablement bâtie, prouesse technique exceptionnelle, sur les vestiges de lieux aussi variés et remarquables que l’Eldorado, le Jardin d’Eden, le pays de Cocagne, l’intégralité du Pérou, la surface totale du Nouveau Monde, et la liste n’est bien sûr pas exhaustive.

    À Schiffalheim, l’air est plus vif, plus doux, plus suave, plus pur, plus propre, plus parfumé, plus chargé en oxygène, plus exempt de particules nocives que nulle part ailleurs.

    À Schiffalheim, l’herbe est plus verte, plus tendre, plus sucrée au palais délicat des plus belles biquettes du monde qui y paissent, pour fournir le lait le plus onctueux, le plus mousseux, le plus blanc de tous les laits de chèvre de la Terre.

    À Schiffalheim, le ciel est d’un bleu si absolu qu’on dirait que c’est le ciel de Schiffalheim qui a inventé le bleu, pour s’en draper au petit matin, après le départ du rose, couleur pour laquelle Schifalheim a déposé un brevet voilà plusieurs millions d’années. Il paraît que c’est à Schiffalheim que le bon dieu a créé le premier rossignol, en déposant au fond de sa gorge une goutte de peinture écarlate, la dernière de tous les tubes de gouache utilisés pour colorier les oiseaux du monde et les laisser s’envoler vers leur destin hasardeux, loin des cieux cléments de Schiffalheim. C’est d’ailleurs pour cette raison que certains volatiles arborent des teintes extravagantes, qui blessent presque les yeux : puisqu’ils étaient envoyés loin de Schiffalheim par le bon dieu, il leur fallait bien une petite compensation.

    À Schiffalheim, quand on se bourre la gueule avec les potes, le vomi qui jaillit des gorges est comme une onde pure, et les petits animaux de la forêt viennent s’abreuver à cette source et exécutent la même chorégraphie que dans les films de Walt Disney, pour remercier.

    À Schiffalheim, quand on se penche vers la terre, on voit des merveilles tellement innombrables que le pauvre vocabulaire humain ne suffit pas à simplement tenter de les décrire. Il n’y a pas de mégots ou de restes d’emballages au sol. Il n’y a que le formidable humus, dont le parfum enivre, plein de promesses de graines d’où jailliront des magnolias époustouflants. Et des sapins d’une telle harmonie qu’on ne peut plus douter de l’existence de Dieu. Il suffira alors, le moment venu, de les détacher délicatement de leur berceau de radicelles, pour les planter dans un joli pot et les décorer de boules qui sont les plus rutilantes de l’univers. Les enfants qui s’éveilleront, le matin de Noël, à Schiffalheim, n’auront plus qu’à mourir, puisqu’il n’existe pas de plus grand bonheur que fêter Noël à Schiffalheim.

    Les enfants, heureusement, ne meurent pas, à Schiffalheim. La mort n’existe pas, dans cet îlot préservé de la brutalité du monde. Les enfants de Schiffalheim restent à Schiffalheim, auprès de leurs parents, pour l’Éternité. Leurs mères, prévoyantes, les meilleures mères du monde, bien sûr, leur confectionnent des costumes de petits marins qui leur donnent des airs de poulbots, et rien n’est plus mignon qu’un poulbot quadragénaire.

Charger d'autres articles liés
  • les-75-ans-de-l-auberge-dynamo-1419656884

    COLÈRE

    COLÈRE: nom féminin. → énergie renouvelable. La colère de Marie-Candide la propulsait de f…
  • adieu

    RUPTURE

    Très cher Antoine, Le 5 janvier 2003, tu annonçais que toi et tes proches déteniez désorma…
  • coq-739

    LE COQ

      Dans le village d’à côté, il y a un bar-tabac. Ça s’appelle « chez Laur…
Charger d'autres écrits par mariecandide
Charger d'autres écrits dans GLOSSAIRE MARIECANDIDIEN

2 Commentaires

  1. G.Policand

    19 avril 2015 à 9 h 56 min

    Lucidité dangereuse: Saint Blizzard

    Répondre

  2. G.Policand

    16 avril 2015 à 20 h 44 min

    dur! dur!

    Répondre

Laisser un commentaire

Consulter aussi

VENEZ COMME VOUS ÊTES

De : Géraldine CHAPLIN Envoyé : mercredi 11 mai 2016 20:09 À : Isabelle ADJANI; Lino VENTU…