Cosa Nostra

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Marie-Candide demeure, comme le savent ceux qui suivent, dans un charmant village de la Porte d’Alsace, au-dessus de la mairie-école. Sa fille, pour apprendre les fables de la Fontaine, n’a que quelques marches à descendre, parfois en pantoufles, et ça fait bien rigoler ses camarades. C’est plutôt pas mal, Klapperstein, pour organiser des beuveries entre gens comme il faut. Quand l’Education Nationale se souvient de la payer, Marie-Candide ne s’en prive pas. Mais elle a des soucis. Jugez plutôt.

 

 

 

 

Monsieur le Maire,

 

 

En me levant ce matin, j’ai eu des émotions : je me suis violemment cognée dans le gros ventilateur qui me rend bien des services quand l’été oublie les dérèglements climatiques et consent à nous accorder des jours de canicule. Le gros ventilateur est tombé sur le carton contenant la crèche et les boules en verre de Venise, qu’on avait rangées depuis le passage des rois mages. Les boules de Venise ne sont plus qu’un souvenir et la crèche a son toit défoncé, comme dans le film de Tim Burton, Charlie et la chocolaterie. C’est fâcheux. Ensuite, comme ce n’était décidément pas mon jour, en rangeant la chambre de ma fille, j’ai déplacé malencontreusement le sommier en métal de mon lit de pucelle, une espèce de monument en laiton, héritage de ma maman, dont je rechigne à me séparer, par sentimentalisme, et qui trône, en pièces détachées, derrière la porte de la chambre. L’une de ces pièces détachées, en l’espèce la tête de lit, constituée d’un arc de cercle hérissé de barreaux en métal rutilant, mue par le tressaillement du sommier, s’est écrasée sur mes pieds pourtant garnis de schlàppa particulièrement résistants, du genre chaussures de sécurité. Cela m’a arraché quelques couinements, je dois l’avouer.

Je suppose, Monsieur le Maire, que cette laborieuse description de mes malheurs domestiques vous inspirera la réflexion suivante : elle n’a pas beaucoup d’ordre, celle-ci. Hélas, je dois vous donner tort, si cette pensée vous a effleuré l’esprit. J’aime assez que les choses soient à leur place (contrairement à ma fille de dix ans, qui pense sans doute que la position idéale du pot de yaourt vide se situe sur le canapé, mais il paraît que c’est une maladie commune à son âge), et, avec cent treize mètres carrés, je dois convenir que de l’espace, je n’en manque pas. Cependant, comme je suis quelqu’un d’un peu obtus, mon équilibre mental se trouve contrarié par la présence du ventilateur dans le salon, en plein décembre, ainsi que de celle du pied de sapin en métal, à l’époque des premières cerises. Cela entraîne, à coup sûr, des dérèglements imperceptibles mais dommageables, à long terme, dans l’exercice de ma profession, par exemple. Quand je suis face à mes élèves, il n’est pas impossible que l’évocation fugitive de ma tente Quechua coincée derrière mon armoire, dans mon esprit rigide, me conduise à manifester, envers les élèves, moins de bienveillance que n’en préconisent les directives ministérielles. Posez la question à la petite Brooke, stagiaire à la mairie, pour vous faire une idée : peut-être elle vous dira que oui, de temps en temps, madame Marie-Candide perd son sang-froid. La raison en est simple : certains objets, chez moi, ne sont pas à leur place, et mériteraient, dans l’intérêt commun, d’être entreposés dans un local affecté à cet usage. Il en existe un, dans ce bâtiment où nous coulons des jours heureux : le grenier.

Malheureusement, Monsieur le Maire, quand j’ai signé mon bail, j’ai appris que la somme demandée pour la jouissance d’un grenier était de cinquante euros par mois. Or, bien qu’appartenant à la classe privilégiée des enseignants, je ne suis actuellement pas en mesure d’acquitter une telle somme pour la location de cet espace pourtant vital pour mon équilibre psychique. Cinquante euros par mois, cela représente, sur l’année, plus d’un loyer mensuel. En revanche, je crois pouvoir affirmer que je serais prête à renoncer à ma leçon de point de croix, discipline dans laquelle je ne m’illustrerai jamais, je crois, et qui me coûte mensuellement vingt-cinq euros, pour faire bénéficier à la commune de KLAPPERSTEIN de trois cents euros annuels, soit un peu plus de la moitié d’un loyer. Trois cents euros, cela représente toujours davantage que zéro euro, et peut-être que ma proposition saura trouver une oreille attentive lors des discussions en Conseil Municipal. Si toutefois elle ne devait pas obtenir votre approbation, j’espère qu’elle vous aura tout de même fait sourire.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, mes salutations distinguées.

Réponse du conseil municipal:

« madame, le grenier, ce n’est pas cinquante euros mensuels, c’est soixante-quatre euros mensuels et cinquante centimes en sus. »

Bendidon, ça fait cher de la toile d’araignée.

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