Consignes

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thérèse

Madame, Monsieur,

Mes respects Madame la Ministre

L’attentat meurtrier contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo a atteint notre République au cœur.

Voui.

Les valeurs essentielles de notre République ont été visées : la liberté d’expression est au fondement de toutes les libertés ; c’est bien ce que martèlent les élèves en découvrant leurs notes affligeantes, quand ils tentent de les négocier à la hausse La liberté de conscience et le respect des opinions individuelles sont les principes qui nous permettent de vivre ensemble. Au lycée de Quatschàstein, de mieux en mieux, et il est des établissements, notamment urbains, où ça frise l’Eden.

Il appartient à l’École de faire vivre et de transmettre les valeurs et les principes de la République. Et pas aux familles, bien que leur poids de plus en plus écrasant semble paradoxal en l’espèce, cf lien.La République a confié à l’École, dès son origine, la mission de former des citoyens, de transmettre les valeurs fondamentales de liberté, notamment celle de bouffer des graines de tournesol en cours de français, d’en abandonner les vestiges sur la table et le rebord de fenêtre, de se montrer offusqué de la remarque subséquente du professeur, de refuser de se taire alors que l’adulte chargé de cours estime qu’on y est soumis, d’occuper avec grandiloquence l’espace de la salle de classe en vitupérant et menaçant d’en référer au proviseur, à papa et maman, au Président de la République, d’égalité, de fraternité et de laïcité, par le port de T-shirts qui vantent les bienfaits des plantes exotiques dont les vertus antalgiques sont déjà reconnues dans des nations moins rétrogrades que la France, de pulls ornés de croix celtiques dont la signification politique se dérobe aux trois quarts des équipes éducatives, entre autres ornements qu’on ne peut absolument pas qualifier de prosélytes et qui échappent, fait surprenant, à l’oeil de lynx de l’institution scolaire.

L’École de la République transmet aux élèves une culture commune de la tolérance mutuelle et du respect. Chaque élève y apprend à refuser l’intolérance, la haine, le racisme et la violence sous toutes leurs formes. Ainsi, il ne se produit jamais aucun fait d’incivilité dans les établissements scolaires de France, de ces petits incidents quotidiens qui font comprendre aux profs qu’ils ne sont que crotte de bique et qu’ils doivent s’estimer heureux de se voir confiées les promesses de la Nation au lieu de passer leur temps à se plaindre et faire des dépressions nerveuses pour un oui pour un non, en qualifiant d’ incivilité ce qui se résume à la bonne et saine énergie d’une jeunesse en plein essor qui ne se montre pas irrespectueuse envers ses professeurs et surtout pas au lycée de Quatschàstein, où Madame Marie-Candide n’a pas eu à subir aujourd’hui le léger désagrément qu’elle va vous narrer de ce pas, Madame la Ministre. En effet, empruntant l’escalier central de son bâtiment d’exercice au terme de ses maigres heures d’enculage de mouches, pour se rendre au parking afin d’y siffler le chauffeur en situation irrégulière qu’elle paie une misère et maltraite autant que ses élèves, elle n’a pas été confrontée aux quolibets de deux trois petits cons à barbiche embryonnaire qui occupaient leur béance à jouer au jeu des épithètes, tels les personnages d’une pièce de Giraudoux dont ils sont friands, n’en doutez pas. Elle n’a pas entendu, très distinctement proférée par une mâle voix gonflée d’importance : « Tiens, voilà la salope ». Elle ne fut donc pas exaspérée par cette énième manifestation du respect que vous évoquez si joliment dans votre lettre, Madame la Ministre, et n’a pas, en réponse, vaguement agité une main altière en signe de suprême dédain. Les adeptes du genre dramatique ainsi invectivés n’ont pas braillé dans une belle harmonie de victimes outragées : « Putain mais elle t’a fait un fuck ! » L’hypothétique destinataire de ce « fuck » de science-fiction n’a pas ajouté, tonitruant : « en plus, elle est moche ! » Madame Marie-Candide, sur le point de se mettre à l’abri des troupes élevées au bon grain du respect, en prenant à droite à l’angle du couloir, n’a pas effectué un demi-tour martial pour s’enquérir du thème de la discussion. Elle n’a pas été obligée de répéter quatre fois la question suivante « vous êtes en quelle classe, les artistes ? » avant que l’un d’eux s’avise de ce qu’une quelconque représentante fadasse de la gent professorale, sinon simplement adulte, était en train de tenter un acte de communication. Ne se heurtant pas le moins du monde à un mur de ce que le genre adulescens acneidens édifie de plus méprisant dans la grande bâtisse de la tolérance mutuelle, elle n’a pas haussé le ton pour enjoindre à l’un de ses éléments de se désolidariser physiquement de la masse bêlante, afin de la suivre dans le bureau de la CPE. Quelques minutes plus tard, elle n’a pas eu à affronter, accompagnée de cette dernière, l’ensemble du troupeau vraisemblablement tombé de la lune, qui jurait ses grands dieux (sans majuscule, l’Ecole est laïque) que personne ne comprenait rien à tout cela, que l’épithète n’était pas destinée à celle qui s’en était crue digne, que s’insulter réciproquement était le mode de communication usuel dans la classe depuis toujours, que personne ne connaissait madame Marie-Candide et n’avait par conséquent de raison suffisante de lui attribuer un quelconque qualificatif, qu’elle avait tort d’agir de la sorte en venant chercher ainsi des poux dans la tête de jeunes gens abreuvés au lait des valeurs et principes de la République, vêtus de probité candide et de lin blanc, qu’en revanche, tout le monde avait bien noté qu’elle avait fait un fuck au plus innocent d’entre eux, pas de doute, elle avait bien brandi son doigt. Bendidon, heureusement que rien de tout cela ne s’est produit, Madame la Ministre, parce que si cela s’était produit, on en viendrait à douter de l’immanence des valeurs républicaines au sein même de ce qui les porte et les transmet aux jeunes générations.

L’École éduque à la Liberté : la liberté de conscience, d’expression et de choix du sens que chacun donne à sa vie ; l’ouverture aux autres et la tolérance réciproque.

L’École éduque à l’Égalité et à la Fraternité en enseignant aux élèves qu’ils sont tous égaux. C’est une évidence, mais il est toujours salutaire de la rappeler. Elle leur permet d’en faire l’expérience en les accueillant tous sans aucun discernement aucune discrimination.

Au moment où notre pays manifeste son unité nationale face à l’épreuve, l’École doit plus que jamais porter l’idéal de la République.

Je vous invite à répondre favorablement aux besoins ou demandes d’expression qui pourraient avoir lieu dans les classes, en vous laissant le soin, si vous le souhaitez, de vous appuyer sur l’ensemble des ressources pédagogiques que les services du ministère tiennent à votre disposition.

Je vous remercie de votre mobilisation personnelle à votre service, Madame la Ministre, comme dit monsieur le Proviseur aux élèves, en début d’année scolaire, et vous assure de tout mon soutien dans les missions qui sont les vôtres. Oh ben merci bien Madame la Ministre.

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Najat Vallaud-Belkacem

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2 Commentaires

  1. mariecandide

    24 janvier 2015 à 14 h 20 min

    Si Madame Marie-Candide avait sifflé son chauffeur ou si Madame Marie-Candide avait agité la main de façon que l’on pourrait qualifier d’équivoque?

    Madame Marie-Candide, pur produit de l’Ecole de la République, a éminemment conscience des multiples devoirs qui lui incombent, en tant qu’enseignante, avec en premier lieu celui d’exemplarité.
    Cependant, elle présente la singulière caractéristique d’appartenir à cette espèce vulnérable appelée « être humain », qui tend à agir de façon irrationnelle, confrontée à un stress intense. Or, il se trouve que l’exercice de la profession d’enseignant, en 2015, génère toutes sortes de situations de stress, dès l’école maternelle, et même dans les établissements ruraux où ça fleure bon le foin coupé et la fumée du feu de bois. Bien loin de l’esprit de Madame Marie-Candide de vouloir revendiquer une conduite immorale, puisqu’il se trouve qu’elle a des principes, et une certaine candeur -tiens donc!- dans sa conception du rôle de l’Ecole; contrairement à un barbu de sa connaissance, véritable érudit qui peut se targuer, lui, d’apporter de solides arguments à la thèse selon laquelle l’Ecole ne forme que des consommateurs inaptes à simplement comprendre dans quelle nasse l’oligopole mondial les tient enserrés, Madame Marie-Candide nourrit en son for intérieur la conviction que l’Ecole peut sauver, rendre libre, éclairé, donc un peu moins malheureux (cf sur ce même site l’article « Patritia », pour se faire une idée des sentiments nourris par la narratrice pour les élèves qui lui sont confiés; ceci dit, ce n’est pas le propos, mais un peu de mauvaise foi typiquement française n’est pas interdite).
    Madame Marie-Candide n’est pas le bon Dieu, mais une de ces profs qui sont fatigués. Peut-être est-ce une constante du métier? Peut-être avez-vous connu ce découragement qui vous fait opter pour le bricolage, malgré votre amour, inaliénable, de certaines productions humaines dont on brûle de faire partager la beauté? Malgré celui, plus fluctuant mais bien vivant, de l’Autre incarné en un boutonneux qui ne sait pas écrire une phrase cohérente? Malgré, plus prosaïquement, la conscience toute professionnelle de ce qu’il convient de faire et de ne pas faire? Quelle que soit la réponse, une évidence demeure: ce métier est difficile; j’ai la chance de l’exercer, toutefois, et je suis bien contente que sa description, forcément subjective, suscite des commentaires…et ma réflexion.

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  2. 010446g

    24 janvier 2015 à 11 h 13 min

    Si madame Marie Candide avait agi ainsi, il est évident qu’elle serait aussitôt relevée de ses fonctions pour manquement aux devoirs élémentaires d’une adulte chargée d’éduquer.

    Peut-être serait-il temps que l’on se penche sur la notion de Devoirs sans laquelle la notion de droit n’est que chienlie.

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