Accueil EDUCATION NATIONAÏE Dispositif d’Initiation aux Métiers par l’Alternance, un chemin d’avenir.

Dispositif d’Initiation aux Métiers par l’Alternance, un chemin d’avenir.

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Marie-Candide appartient à la catégorie privilégiée des branleurs de profs. Vous savez, ces gens pontifiants, tout le temps en vacances ou en arrêt maladie, surpayés, sous-employés.

 

L’année dernière -année scolaire, s’entend : les profs, figés dans l’enfance éternelle, ne connaissent que celle-ci-  Marie-Candide, pour occuper la béance consternante de son temps absurdement vide, a multiplié les heures sup’. Au mois de mai, pendant que ces connards de piafs se mélangeaient les cloaques, notre hystérique a snobé les premiers soleils pour ânonner avec ses élèves de DIMA les rudiments de l’alphabet. Ils ont beaucoup transpiré dans cette tâche noble. En fin d’année -scolaire, que ceux qui suivent passent à la suite sans tenir compte de cet intermède- l’écrasante majorité de la classe de DIMA était en mesure de s’auto-évaluer dans son livret personnel de compétences, puisqu’elle avait intégré la compétence numéro un : « suivre des yeux la ligne en partant de la gauche ». La pédagogue, soulagée, a regardé partir ses ouailles vers un avenir irradiant d’égalité des chances. Un bon tiers de la troupe, en gros, a pu bénéficier des largesses de la République en se réinscrivant au Lycée Professionnel de Quatschàstein, pour y passer encore deux belles années à brancher le fil bleu sur le rouge et poursuivre son exploration de l’alphabet. Les deux autres tiers, néanmoins, se sont vus, eux aussi, pris en charge par un Etat munificent : certains ont été orientés vers un centre pédagogique doté de barreaux aux fenêtres et de savons à ramasser prudemment sous la douche. D’autres, après l’acquisition coûteuse d’un uniforme ad hoc et d’un bâton de rouge à lèvres particulièrement chamarré, ont entamé la domestication d’un territoire prometteur, que le commun désigne sous le vocable de trottoir. Marie-Candide, habitée jusqu’au trognon par le feu sacré de la transmission des savoirs, a officié en outre dans les commissions de recrutement des troupes fraîches. Moment édifiant : avec sa petite collègue d’allemand, charmante jeunesse enthousiasmée par son métier, mais la formule relève du pléonasme, elle a reçu un certain échantillonnage de ce que le quart favorisé de la population produit de plus pittoresque : on a vu défiler des Kévin, des Brandon, un certain nombre de Donovan, sans oublier, évidemment, mais il est juste qu’elles soient citées en second lieu pour les préparer à leur destin glorieux, des Kimberley et des Fiona. Tout ce beau monde, mains dans les poches, pantalon aux genoux, casquette savamment juchée sur la crête enduite de gel coiffant. Ils compensaient l’absence d’adultes à leurs côtés par les grelottements électroniques qui sourdaient de leurs poches. Leur arrogance donnait envie de pleurer, ou de remettre en place le col de leur blouson, malmené par la sangle de leur sacoche Adidas. La misère du monde, m’sieu-dames. Elle existe, je l’ai vue, elle a quatorze ans, elle est venue se présenter sans ses parents à l’entretien et je la prends en charge. Reprenons.

 

 

Marie-Candide, pendant que les heureux bénéficiaires des RTT échangeaient furieusement des coups de raquette énergiques au cœur du centre commercialo-sportif dont la marque phare rappelle les fastes de l’empire Inca, recevait des Brian avides de quitter le collège où personne ne reconnaissait leur valeur, nonobstant l’affichage de leur intégration sociale à travers des accessoires flanqués des trois bandes bleues. Elle en a reçu quelques-uns. Elle a également éclairé de ses lumières ceux que le déterminisme social n’avait pas, en cours de route, ramené sur le canapé ou dans le hall de l’immeuble où ça sent l’herbe qui fait rire. Le labeur de Marie-Candide devait s’incarner en quelque chose comme mille boules, à verser sur le compte numéro 0000 par l’administration compétente à la fin du mois de mai. Facétie du destin : quelqu’un, dans l’équipe gestionnaire, a un peu pioché dans la caisse. L’agent comptable a décidé, en représailles, de ne pas verser leur salaire aux pouilleux de la base, tant qu’ils ne feraient pas la preuve de leur honnêteté, à grand renfort de documents signés et contresignés par les huiles locales. On est tout de même en octobre. Marie-Candide ne sait pas bien compter, mais vous, certainement.

 

 

Marie-Candide, ce matin, a épluché son compte en banque. Elle se demande à quoi elle doit renoncer, pour servir la soupe à sa fille. Peut-être à l’électricité, tiens. Ou à l’essence pour aller bosser. À son blog. À son psy. À ce con de chat qui coûte un bras en croquettes et litière. Peut-être va-t-elle dépouiller sa vieille mère, qui lui a confié, la malheureuse, la gestion de ses comptes. Marie-Candide réfléchit. Quoi qu’il en soit, sa décision est prise : elle va rebaptiser sa fille. Margot, c’est décidément trop connoté. Kimberley, c’est beaucoup mieux.

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2 Commentaires

  1. mariecandide

    12 octobre 2014 à 18 h 40 min

    C’est évidemment un peu noirci. En vérité, en vérité, je vous le dis, l’Educ’ nat’, comme vous le faites si justement remarquer, nous fait bénéficier d’un prestige que beaucoup nous envient. Marie-Candide n’est pas la boulangère ou la dame de la cantine. Marie-Candide est pro-fes-seur. Et attend toujours son traitement du mois de mai.

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  2. 010446g

    12 octobre 2014 à 14 h 20 min

    C’est pas un peu noirci, tout ça?
    OK! L’ETAT paie rarement dans les délais (et souvent oublie) j’ai connu 2 ans de retard…
    Mais il y a le prestige pour compenser (lol)

    Dernière publication sur le radeau du radotage : FAILLITE DE L'ETAT DE DROIT?

    Répondre

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